lundi 18 septembre 2006
Au sujet des propos de Benoît XVI sur l'islam
Du respect à l’amour…
Les propos de Benoît XVI sur l'islam, durant son voyage en Allemagne, devant des universitaires et des étudiants de Ratisbonne, ont suscité des réactions d’indignation et de colère chez de nombreux musulmans.
S’appuyant sur l’ouvrage de l'empereur byzantin Manuel II Paléologue (1350-1425), « Entretiens avec un musulman, 7ème Controverse » – publié dans les années 1960 par le théologien allemand d'origine libanaise Théodore Khoury –, le pape aurait établi une distinction nette entre le christianisme et l'islam dans le domaine des rapports entre la raison et la foi. Dans cette optique, citant le dialogue entre l’empereur byzantin et un Persan musulman (probablement entre 1394 et 1402), le pape aurait évoqué le lien de l'islam à la violence, notamment concernant le « djihad », illustration claire de la « déraison » de la religion islamique.
Benoît XVI aurait en particulier cité un propos de l’empereur rapporté par cette « 7ème controverse » : « Montre-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu ne trouveras que des choses méchantes et inhumaines, comme son ordre de diffuser par les moyens de l'épée la foi qu'il professait (…) Dieu n'aime pas le sang et agir de manière déraisonnable est contraire à la nature de Dieu. La foi est le fruit de l'âme et non du corps. Celui qui veut donc conduire quelqu'un vers la foi doit être capable de parler bien et de penser juste, et non de violence et de menace... Pour convaincre une âme raisonnable, on n'a pas besoin de son bras, ni d'armes, ni d'un quelconque moyen par lequel on peut menacer quelqu'un de mort… » (Traduction AFP à partir du texte allemand fourni par le Vatican).
Face à la réaction houleuse des musulmans, le Vatican s’est empressé d’expliquer que les citations de l’empereur Manuel II, faites par le pape pour les besoins de son intervention, ne reflétaient en aucun cas ses convictions personnelles sur l’Islam. Benoît XVI respecte l'islam mais a « à cœur » de « rejeter les motivations religieuses de la violence », a expliqué le porte-parole du Vatican.
Manœuvre d’apaisement purement diplomatique ou rectificatif vrai et sincère après une regrettable maladresse ? Toujours est-il que de nombreux musulmans ont été réellement choqués par le fait que le représentant officiel du catholicisme se réfère à des propos brutalement polémiques et offensants, issus d’une controverse du Moyen-âge, pour construire sa démonstration devant les étudiants de l’université.
Quels que soient ses motivations et le fond de sa pensée – que nous ignorons –, il est clair que, jusqu’à présent, Benoît XVI n’a pas fait du dialogue entre les religions un axe important de son pontificat et ne semble pas considérer l’apaisement et le rapprochement entre les religions abrahamiques comme une priorité personnelle. Ce pape est d’ailleurs davantage perçu – à tort ou à raison… – comme un doctrinaire soucieux de réaffirmer l’autorité de la tradition religieuse dont il se réclame, que comme un homme de cœur et d’ouverture… D’où la méfiance des musulmans et le scepticisme de certains face à ses déclarations de principe sur le respect dû aux croyants de l’Islam.
Ce triste épisode met de nouveau en évidence la méfiance et les tensions existant entre les religions issues d’Abraham. Cette méfiance et ces tensions ne seront pas surmontées par le « respect », lequel peut très bien en rester à une prudente neutralité diplomatique sans réelle empathie et sans volonté opiniâtre de dépasser les obstacles à la fraternité. Le « dialogue interreligieux » et l’« oecuménisme d’appareil », montrent une fois de plus ses limites et son incapacité à dépasser les rivalités religieuses, toujours prêtes à resurgir.
Jésus n’a pas dit « respectez-vous les uns les autres » mais « aimez-vous les uns les autres », dynamique autrement plus ambitieuse et créatrice.
Aimer, ce n’est pas simplement s’informer sur la foi de l’autre et la « respecter ».
Aimer, c’est renoncer à tout jugement sur la foi de l’autre et chercher avec lui à surmonter activement les divisions inutiles – à commencer par les divergences idéologiques et doctrinales issues des conflits et controverses du passé –, pour trouver ensemble une voie commune vers la fraternisation vraie et le bien partagé.
L’amour n’est pas compatible avec le « complexe de supériorité » sourdement entretenu, au-delà des beaux discours, par chaque système religieux vis-à-vis de ses concurrents… C’est pourquoi l’amour entre les hommes ne pourra triompher que par l’ouverture du cœur, le retour à la simplicité – la désintellectualisation de la foi – et par le dépassement audacieux des systèmes religieux qui entretiennent les frontières dogmatiques et culturelles.
La vérité n’est pas dans telle ou telle formulation doctrinale, dans tel ou tel credo ou tradition théologique… la vérité c'est que le monde doit changer (La Révélation d'Arès, 28/7), une autre façon de dire que la vérité n’est pas dans les concepts ou les idées mais dans l’amour. Lorsque les chrétiens et les musulmans commenceront vraiment à s’aimer les uns les autres – comme le leur demande le Coran et la Bible –, ils comprendront que ce qui les oppose n’est rien au regard de ce qui les rapproche. Ils pourront alors vraiment commencer à changer ce monde, ensemble.
Thierry
Sur l'initiative de l'ONU, la journée du 21 septembre est devenue le symbole de la paix dans le monde.
Pour la deuxième année consécutive, plus de 120 imams et rabbins du monde entier se sont retrouvés lors d'un congrès pour affirmer qu'il n'existe pas de conflit inhérent entre l'islam et le judaïsme, bien au contraire.